Deprecated: Methods with the same name as their class will not be constructors in a future version of PHP; plgSystemAccordionplantlight has a deprecated constructor in /home/belasel/public_html/plugins/system/accordionplantlight/accordionplantlight.php on line 25

Deprecated: Methods with the same name as their class will not be constructors in a future version of PHP; JPlantContentPlugin has a deprecated constructor in /home/belasel/public_html/plugins/system/accordionplantlight/accordionplantlight/core/plugin/plugin.php on line 16
La 2ème Charte Nationale
Dernière mise à jour : Janvier 2018
Rapports et statistiques

Actualités économiques

La BM accusée d’avoir modifié les indicateurs de Doing Business pour des motivations politiques

La BM accusée d’avoir modifié les indicateurs de Doing Business pour des motivations politiques

WASHINGTON- L’économiste en chef de la Banque Mondiale (BM), Paul Romer, a affirmé récemment que cette institution de Bretton Woods avait modifié injustement les indicateurs de son rapport annuel sur…
Renault s'offre 62% du marché algérien

Renault s'offre 62% du marché algérien

La progression de la percée du groupe Renault en Algérie a été en hausse de 11 points par rapport à l'exercice précédent, s’est félicité le groupe français aujourd’hui dans un…
Finances: le FRR a couvert 83 % du déficit du Trésor

Finances: le FRR a couvert 83 % du déficit du Trésor

Le Fonds de Régulation des Recettes (FRR) a couvert 83% du déficit du Trésor des neuf premiers mois de 2017, estimé à près de 946,2 milliards (mds) de DA, apprend-on…

Deprecated: Methods with the same name as their class will not be constructors in a future version of PHP; plgContentAdmirorframes has a deprecated constructor in /home/belasel/public_html/plugins/content/admirorframes/admirorframes.php on line 19

Deprecated: Methods with the same name as their class will not be constructors in a future version of PHP; plgContentxtypo has a deprecated constructor in /home/belasel/public_html/plugins/content/xtypo/xtypo.php on line 18

Deprecated: Methods with the same name as their class will not be constructors in a future version of PHP; plgContentembed_google_docs_viewer has a deprecated constructor in /home/belasel/public_html/plugins/content/embed_google_docs_viewer/embed_google_docs_viewer.php on line 18

La 2ème Charte Nationale

 

 {xtypo_rounded3}

بسم الله الرحمن الرحيم

 {xtypo_rounded3}

 

LA CHARTE NATIONALE

 

AVANT - PROPOS

 

Les principes énoncés par les chartes de la Révolution algérienne et ses différents textes depuis le premier Novembre 1954 jusqu'au 5ème congrès du parti du Front de Libération Nationale dans sa formulation de 1976, s'inspirent de l'histoire de l'Algérie, de sa civilisation et de la noble lutte menée par le peuple algériens depuis les temps les plus reculés.

 

L'Histoire de l'Algérie, depuis la nuit des temps à nos jours, est constituée de périodes intimement liées entre elles, faisant apparaître un certain nombre de constantes devenues elles-mêmes les composantes fondamentales de la personnalité nationale algérienne. Ces constantes jettent la lumière sur le déroulement de cette histoire et permettent de mieux en saisir la portée.

 

le peuple algérien a vécu, tout au long de son Histoire, des périodes de gloire, de prospérité, de stabilité, de rayonnement spirituel et civilisationnel, de même qu'il a connu des moments critiques au cours desquels il a engagé des luttes implacable contre toute tentative d'agression colonialiste, son attachement indéfectible à la liberté et à l'indépendance, sa disponibilité à tout sacrifier pour la défense de sa partie et de sa souveraineté et à la préservation de sa dignité.

 

A cet égard, la grande Révolution de Novembre constitue un moment prestigieux de cette Histoire, une éclosion heureuse soutenue par l'esprit de l'Islam. Cette Révolution a évolué dans le cadre des concepts islamiques de justice, de libération et de progrès en même temps qu'elle a bénéficié des capacités créatrices du siècle, d'où le large écho qu'elle a suscité à travers le monde et son succès qui demeure un sujet de fierté, une source d'exemple et un modèle de libération.

 

Le mouvement déclenché par le peuple algérien dans cette Révolution lui a permis de réaliser une des plus retentissantes victoires grâce aux lourds sacrifices qu'il a consentis, à sa détermination et à son courage légendaire,  grâce aussi à une organisation exemplaire fondée sur une foi inébranlable et une vision clairvoyante. Cette organisation a permis d'assurer la préparation politique, psychologique et spirituelle qui a préludé au 1er Novembre 1954 et a conduit le peuple à s'unifier moralement à travers sa lutte et sa conviction profonde que l'Islam est sa religion, l'Arabe sa langue et l'Algérie sa partie. Tels sont les facteurs essentiels qui ont rendus possible le recouvrement de l'indépendance.

 

Le peuple Algérien, dans son ensemble, a considéré l'appel du premier Novembre 1954 comme le moyen le plus efficace pour mettre un terme final à l'occupation, à l'asservissement, à la soumission et à l'humiliation, de même qu'il y a trouvé l'instrument approprié pour libérer la patrie et réaliser les objectifs de la Nation, exprimés dans un consensus populaire tout au long de sa longue histoire. Le peuple algérien a répondu unanimement à cet appel, s'est rassemblé autour du Front de Libération Nationale (F.L.N) et de l'Armée de Libération Nationale (A.L.N) pour une lutte implacable dont il est sorti finalement vainqueur et ce, en dépit de la machine de guerre infernale utilisée par le colonisateur avec l'aide des forces du pacte atlantique.

 

Tel fut le premier Novembre 1954 qui constitua, plus qu'un soulèvement armé, une Révolution historique, l'émergence nouvelle d'une personnalité, la renaissance d'une culture et le réaffermissement des valeurs de l'Islam.

 

La portée et la signification de soulèvement du peuple algérien, le premier Novembre 1954 traduisent la profondeur des mutations sociales intervenues au cours des sept années et demie de lutte et ont abouti à la cristallisation d'un certain nombre de principes et d'objectifs économiques et sociaux confirmant la nécessité de concrétiser une justice sociale réelle.

 

Tels furent les buts atteints, de manière progressive, en dépit de nombreuses difficultés. Dans ce cadre, les mesures prises successivement pour répondre aux aspirations des masses, ont concerné la récupération des richesses minières, la Nationalisation des compagnies d'assurances et des banques, la maîtrise du commerce extérieur, la récupération des ressources énergétiques ainsi que l’ensemble des autres dispositions explicitées et mise en exergue par la Charte nationale dans sa formulation de 1976.

 

Mais les nombreuses réalisations obtenues et inscrites dans le cadre d'une démarche de libération globale et de distribution des bienfaits du développement, en conformité avec l'option socialiste, ne sont pas indemnes d'imperfections inhérentes à toute action humaine.

 

La Charte nationale, dans sa formulation de 1976, dispose que «le Congrès pourra en approfondir les concepts et les orientations et y apporter les ajustements, les correctifs nécessaires, compte tenu des impératifs de l'évolution de la Révolution dans tous les domaines ».

 

C'est pourquoi la Direction politique, issue du quatrième congrès du partie du Front de Libération Nationale (F.L.N), décida de proposer les correctifs voulus dans respect des principes affirmés par la Charte nationale.

 

Ainsi s'est accomplie tout au long de sept années consécutives, l'étude des problèmes essentiels révélés par l'application des principes définis et la mise en œuvre des projets planifiés ou de ceux nés de la disparité entre les objectifs réalisés dans le domaine économique et social et ceux réalisés dans le domaine culturel.

 

En effet, ont été étudiés successivement le dossier culturel, les politiques d'enseignement et de formation, les questions agricoles, d'hydraulique, les problèmes de la jeunesse, de l'industrialisation, du financement, la politique de l'organisation de la famille, l'aménagement du territoire et tout ce qui a trait, de près ou de loin, au développement.

 

Nul doute que l'importance des résultats engendré par l'étude des problèmes essentiels et des projets déterminant ainsi que les mesures prises pour leur mise en œuvre constituent désormais une expérience pratique susceptible d'être retenues comme un enseignement théorique, qui mérite de compléter le bilan contenu dans la charte nationale, rédigée voilà dix ans.

 

De là, est apparue la nécessité d'enrichir la charte nationale comme acte de couronnement des efforts déployés, en conclusion des enseignements tirés des réalisations faites et, en tant que résultat d'une analyse objective des nouvelles réalités nationale, procédant du souci de concrétiser la peine de concordance entre, d'une part, la réalisation des objectifs souhaités par le peuple, et les moyens dont il dispose, d'autre part.

 

Aussi, l'opération d'enrichissement de la charte nationale a-t-elle pour souci de combler les lacunes constatées dans sa formulation de 1976. Elle vise également la consolidation des acquis réalisés dans sa décennie passée et la nécessité de lutter contre les maux sociaux nés du processus de développement d'une part, et qui demeurent liés, d'autre part, aux séquelles de l'aliénation culturelle et du sous-développement intellectuel.

 

Cette opération d'enrichissement réaffirme donc l'attachement aux constances et la révision des variables. Elle s'est déroulée avec la volonté de garantir la réalisation de deux dimensions essentielles à tout mouvement voulant s'assurer le succès sans risque de déviation, ni d'inertie, ces deux dimensions étant la continuité et l'innovation créatrice.

 

Telle est la ligne de conduite suivie par la Révolution algérienne depuis son déclenchement à ce jour, ainsi que le traduisent tous les textes fondamentaux: la proclamation du 1er Novembre, la plate-forme de la Soummam, le Programme de Tripoli, la Charte d'Alger, la proclamation du 19 juin 1965 et la Charte nationale dans sa première formulation.

 

Quiconque interroge l'Histoire de l'Algérie, ancienne et moderne et passe en revue les différentes étapes de la Révolution algérienne depuis son déclenchement à ce jour, découvre des fils conducteurs qui sous-tendent la marche du peuple algérien; de même qu’il découvre une cohérence profonde que ni les symptômes superficiels, ni les problèmes conjoncturels ne peuvent dissimulés aux chercheurs méticuleux et au militant responsable.

 

Mais la continuité, si elle n'est pas soutenue par la volonté de l'innovation créatrice, se trouve menacée par le danger de l'immobilisme et du dogmatisme.

 

Telle est, précisément, la ligne de conduite retenue par la Direction politique pour l'opération d'enrichissement, convaincue qu'elle est, que la cohérence entre la continuité et l'innovation est une condition nécessaire pour que la Révolution algérienne puisse continuer d'assumer sa mission historique et faire face aux défis du futur.

 

Les fondements historiques de la société algérienne

 

L'Histoire est l'un des composantes de la personnalité nationale et le reflet de l'unité de la nation.

 

L'importance de la continuité historique dans la marche du peuple algérien à travers le temps a conduit la base populaire, lors des larges débats organisés sur l'ensemble du territoire, à revendiquer que soit accordée une place prépondérante à l'aspect historique dans la nouvelle rédaction de la charte nationale, afin de permettre aux générations montantes de s'imprégner de leurs constantes historiques, pour, en connaissance de cause, se reconnaître dans leur Histoire.

 

C'est pourquoi il convient d'accorder une grande importance à l'Histoire du pays dans sa totalité des premières origines jusqu'à nos jours, en vue de permettre à la Nation de cerner le processus de formation de la personnalité nationale connue depuis la nuit des temps pour être jalouse de la liberté, pour son refus de toute tentative d'invasion étrangère et expansion impérialiste. Ce n'est d'ailleurs point un fait du hasard si les habitants de cette contrée se donnèrent pour nom "les Amazigh", c'est-à-dire "les hommes libres" et ce, depuis que cette région est entrée dans l'Histoire.

 

Les traits essentiels de l'Algérie ont pris progressivement forme, s'imprégnant à la fois de l'environnement géographique et du contexte intellectuel de l'Afrique, de l'Orient et du bassin méditerranéen. Les habitants de l'Algérie influèrent, dés la Préhistoire, sur les événements dans ces régions comme ils s'en imprégnèrent ainsi qu'en attestent, par exemple, les fresques du Tassili, les vestiges des modes de vie anciens ainsi que les différentes croyances qui prévalaient dans la région. Il y eut de nombreuses migrations et des apports culturels en provenance de l'Orient et de certaines contrées africaines vers les pays de l'Afrique du Nord et inversement.

 

L'orientation de la Révolution algérienne à ce stade de son développement, en vue de concevoir des solutions rationnelles, aussi bien aux problèmes actuels qu'aux questions que pose l'avenir et pour permettre aux générations futures de les affronter correctement, impose d'accorder un intérêt accru à l'Histoire nationale, ancienne et moderne.

 

Ainsi, c'est par l'étude approfondie de l'ensemble de cette Histoire que les générations d'aujourd’hui et celles de demain pourront apprécier les moments de grandeur et de puissance, d'en comprendre les ressorts en même temps qu'elle leur permet d'en cerner les points faibles ainsi que les facteurs de déclin et les causes de décadence.

 

L'examen attentif des différentes étapes qu'a parcourues le peuple algérien, est d'une évidente nécessité pour saisir cet enchaînement de l'histoire aux maillons intégrés, qui a abouti à l'avènement de la Révolution du 1er Novembre 1954 et aux mutations positives et radicales qui en ont résulté.

 

1 - L'Etat numide

 

L'Histoire de l'Algérie remonte aux temps les plus reculés dés les débuts, l'Algérie connut, à l'instar des autres pays, l'émergence de plusieurs principautés organisées selon le mode tribunal. Mais l'attachement à la liberté, à la défense de la terre et à tout ce qui en résulte de résistance à la domination étrangère ont vite fait de constituer un ensemble d'idéaux qui ont conduit à la naissance d'une direction unifiées et à préparer l'avènement d'un Etat organisé.

 

L'émergence d'un Etat organisé en Numidie, depuis le siècle de Massinissa et de Syphax a été le couronnement de tentatives antérieures de libérer la terre, d'organiser la société, de constituer une force autonome capable de repousser les convoitises étrangères par les moyens appropriés; de même qu'elle a été le résultat bénéfique des expériences nées de la confrontation armée avec les velléités étrangères, ayant eu, par ailleurs, à souffrir de manière chronique, de maux politiques et de fléaux sociaux internes.

 

La Numidie a engagé la bataille de son édification en tant qu'Etat sur plusieurs fronts, particulièrement sous le règne de Massinisa qui a réuni les conditions politiques, militaires et diplomatiques, en vue de la réalisation de l'unité nationale, a mis sur pied une armée de terre puissante et une flotte navale pour repousser toute tentative d'occupation et garantir les voies nécessaires au commerce extérieur.

 

En même temps qu'il a réussi à sédentariser les populations nomades, en les initiant aux pratiques et techniques agricoles, il a fait développer les réseaux d'irrigation, ce qui a eu pour résultat une prospérité économique notable.

 

Massinisa n'a pas négligé, pour autant, la dimension culturelle dans l'édification de l'Etat. C'est ainsi qu'il a su tirer profit des apports culturels puniques d'une et grecs qu'il a mis au service du développement d'une civilisation nationale ne se limitant pas aux seuls modes d'organisation de l'administration et des moyens de gestion.

 

L'Etat numide n'a pas tardé, en conséquence, à acquérir un prestige extérieur insigne. Il a imposé sa présence comme une puissance redoutée dans le bassin méditerranéen, inspirant la crainte à Carthage, courtisé par Rome qui sollicitait son amitié et par les cités helléniques qui recherchaient son alliance, en considération de sa participation dans la protection des voies commerciales internationales.

 

Massinisa a su exprimer son profond amour de l'indépendance de l'Etat numide, ainsi que sa détermination dans la mobilisation du peuple contre les convoitises étrangères dans le mot d'ordre qu'il a lancé : "l'Afrique aux Africains". Assurément, il a été la première voix africaine à s'élever pour proclamer le droit exclusif des Africains à gérer leurs propres affaires et à être les maîtres de leur terre.

 

Ainsi donc, l'instruction, dés l'antiquité, de l'Etat numide est une illustration concrète de la capacité d'un peuple à remporter des victoires contre l'ennemi externe et sur lui-même, pour peu que la détermination soit forte, que la vision soit claire, que le commandement soit unifié, et que l'arme essentielle réside dans le "compter-sur-sol", dans la mobilisation et la mise en œuvre judicieuse des potentialités propres.

 

L'Etat numide s'est ainsi perpétué jusqu'au règne de Jugurtha, mais l'expansion de l'Empire romain et la chute de Carthage ont conduit Rome à étendre sa domination sur la Numidie, convaincre que la pérennité d'un Etat numide puissant et indépendant signifierait un obstacle à ses visées expansionnistes sur les territoires de l'Afrique septentrionale dont elle escomptait faire un grenier à même d'assurer ses besoins alimentaires et qui confèrerait à l'empire sa profondeur stratégique.

 

2 - La résistance armée

 

Toutefois, les faiblesses internes, les rivalités pour le pouvoir, l'absence d'un idéal unificateur ont été le meilleur allié de l'ennemi extérieur qui est parvenu, après les longues périodes de stabilité qu'a connues l'Etat numide, à miner progressivement les fondements de cet Etat en morcelant son territoire et en émiettant sa souveraineté, prélude à son démantèlement total.

 

Sous la conduite de Jugurtha, le peuple a entrepris de résister a cette tentative de sujétion et de défendre le patrimoine de ses ancêtre. Jugurtha s'est attaché a préserver l'unité de l'Etat et son indépendance et à arracher la Numidie à la tutelle de Rome.

 

La poursuite, des années durant, cette résistance, face à la plus grande puissance de l'époque, témoigne de la cohésion du peuple autour de Jugurtha, de son adhésion aux objectifs proclamés visant à la préservation des fondements de l'Etat et de l'indépendance de décision.

 

La lutte contre la présence romaine s'est poursuivie jusqu'au quatrième siècle, à travers de nombreux soulèvements populaires sous la conduite de Tacfarinas et de ses successeurs. Tout au long de l'occupation romaine, l'Algérie est transformée en véritable champ de bataille. Ce qui indique clairement que la résistance et le combat pour la libération ainsi que la mobilisation de toutes les potentialités disponibles contre l'occupant sont restés, à travers les temps, vivaces dans la conscience populaire.

 

3 - La résistance culturelle et la révolution sociale.

 

La résistance contre la présence étrangère n'a pas été seulement militaire. Elle a revêtu également le caractère d'une résistance culturelle et d'un affrontement idéologique.

 

En effet, la Numidie avait entretenu des rapports avec les différentes cultures du Proche-Orient, du bassin méditerranéen et de l'Afrique; et lorsque le colonialisme romain voulut s'appuyer sur l'Eglise pour soutenir son autorité, les habitants de la Numidie utilisèrent leur culture dans le combat qu'ils livrèrent au colonialisme romain au double plan spirituel et idéologique, en sus de la résistance armée. Ainsi est apparu le Donatisme auquel les populations ont adhéré du fait de son opposition de l'Eglise chrétienne qui servait les intérêts de Rome.

 

L'Algérie a connu, à l'aube du 4ème siècle, une Révolution à dimension sociale évidente, menée par les paysans contre les colons romains et les féodaux locaux qui s'étaient romanisés.

 

La symbiose réalisée entre la résistance armée, la révolution sociale et le combat idéologique traduisait clairement le lien existant entre l'appel contre l'exportation et le combat contre la tyrannie de l'argent.

 

4 - l'Avènement de l'islam

 

L'apparition de l'islam a été une Révolution globale, humaine dans sa démarche, universelle dans ses principes, arabe dans expression.

Les habitants de « Jaziret El Maghreb » ont découvert dans l'islam un message au contenu à la fois religieux, spirituel, politique et social, différent de ceux connus jusque-là. Ils y ont adhéré dans un élan sans précédent comme le prouve la disparition totale et rapide de toutes les autres croyances.

 

Ces faits ont été parmi les facteurs essentiels qui ont conduit à un brassage des populations musulmanes, et plus particulièrement arabes, avec les habitants de Numidie, brassage, facilité par la ressemblance des modes de vie, la similitude des systèmes d'organisation tribale, en plus des courants d'influence des migrations au cours des siècles précédant la pénétration de l'Islam ainsi que l'appartenance à un espace de civilisation commun.

 

C'est ainsi que se sont conjugués deux facteurs essentiels : le caractère accessible  des enseignants islamiques et leur cachet attrayant d'une part, la similitude des modes de vie, d'autre parts, pour réaliser une symbiose clvilisationnelle qui a donné naissance à une composante humaine homogène, cohérente aux plans religieux, culturel, social et politique et constituant une entité accomplie.

 

La pénétration de l'Islam dans la religion et l'adhésion qu'il a suscitée chez les habitants, associée  au lien organique entre l'Islam et la langue arabe, en tant que langue du Coran, ont marqué les débuts d'une ère nouvelle qui a introduit des transformations radicales dans la région et opéré la fusion de ses structures sociales, économiques et culturelles dans le creuset de la civilisation arabo-islamique.

 

De ce fait, l'ensemble des populations d'Algérie ont formé une société nouvelle où se sont parachevés les composants de sa personnalité ; ainsi, l'Algérie a pu reprendre, dans le cadre du Maghreb arabo-islamique, la poursuite de sa marche clvilisationnelle, arrêtée en raison de la domination romaine.

 

L'Islam, avec la culture arabe et les concepts de la nouvelle civilisation n'a pas tardé à devenir la référence, le fondement pour l'émergence de valeurs, nouvelles qui aiguisent les sentiments profonds, soulèvent les masses et suscitent les actes d'héroïsme.

 

Dés l'ors, OKba Ibn Nafaâ, Moussa Ibn Nosseir et Tarik Ibn Ziad sont devenus des figures légendaires, fierté de la nouvelle société dont le souvenir s'est perpétué parmi la lignée des héros qui ont propagé l'Islam dans ces contrées.

 

Certes, l'Algérie a connu des tentatives visant à établir un pouvoir local à l'instar des autres pays islamiques en prélude à la rupture d'allégeance au pouvoir central, le Khalifat islamique du Machrek, dont relevaient, aux enseignements et aux règles de l'islam et n'ont jamais signifié une opposition à celui-ci ou une déviation par rapport à sa doctrine.

 

L'Algérie est devenue, de par l'ordre mondial nouveau, né de la Révolution islamique, une partie intégrante du monde musulman, dans toute son étendue. Elle n'a pas tardé  à pénétrer dans l'arène des confrontations qui opposaient, alors, les différents courants de la pensée musulmane.

 

5 - L'Etat Rostemide

 

L'Etat rostémide a été le premier de l'ère islamique en Algérie à établir un pouvoir national, administrativement distinct de l'autorité islamique centrale.

 

La capitale Tihert a rapidement connu une prospérité économique remarquable dont l'importance a dépassé les frontières de l'Etat.    La maîtrise par Tihert, de ce qui fut appelé « la route de l'or », en provenance de l'Afrique vers la méditerranée, a été un facteur essentiel de cette prospérité dans sa dimension culturelle et son essor urbanistique.

 

La tolérance prône par l'Etat rostémide dans ses relations avec les autres courants de la pensée musulmane lui a permis d'attirer des cadres de haut niveau de compétence.

 

6 - L'Etat Ziride-Hammadite

 

Le pouvoir des Béni-Ziri dans le Maghreb central et celui des Béni-Badis dans le proche-Maghreb sont également apparus dans ce contexte. L'Etat fondé par Béni-Ziri était connu sous le nom d'Etat ziride. Sa première capitale fut Achir et la seconde Kairouan.

A l'époque des Béni-Hammad, la première capitale de l'Est a été installée à la Kalaâ des Béni-Hammad dont le poids provenait de sa position géographique lui permettant de contrôler l'importante voie commerciale reliant le Sahara algérien et les pays africain, plus au Sud de la côte méditerranéenne qui entretenait des relations commerciales avec l'Europe.

 

C'est pour cette raison que l'Etat hammadite fondé la ville d'El Naciria ou Bejaïa sur le site de l'ancienne Saldae phénicienne. El Naciria est devenue, dans un premier temps, le prolongement de la Kalaâ sur la côte, puis, par la suite, la capitale de l'Etat. L'Etat hammadite a connu un essor économique et culturel ainsi qu'une grande expansion urbaine à travers le regain de vitalité et le développement de plusieurs cités, telles que Biskra, Sétif, Miliana, Médéa et Alger.

 

7 - Les Mouahidine et la construction du Maghreb Ararbe

 

Plusieurs Etats se sont succédés dans les pays du Maghreb arabe, après qu'ils se fussent détachés administrativement du pouvoir central. L'unité des Etats du Maghreb s'est faite sous le règne des Mouahidine.

 

Le succès de l'Etat des Mouahidine est lié au génie intellectuel d'El Mahdi Ibn Toumert ainsi qu'au géni politique et au talent militaire de Abdel Moumen Ibn Ali. Cet Etat a été fondé sur les décombres de l'Etat ziride-hammadite en Algérie, de l'Etat ziride-badissite en Tunisie et de l'Etat des Morabitine au Maroc.

 

L'Etat des Mouahidine est parvenu à réaliser l'unité du Maghreb arabe pour la première fois dans sa longue histoire. Toutes les régions du Maghreb, qu'elles se situent au Nord ou au Sud, à l'Est ou à l'Ouest, se sont soumises au nouvel Etat unifié. De la sorte, l'unité du Maghreb arabe, après s'être confinée dans les domaines culturel e religieux, et dans certaine mesure, économique, s'est étendue au plan politique et a contribué à dynamiser l'urbanisme et à assurer la prospérité économique. Elle a en outre, conduit à un développement culturel et scientifique sans précédent.

 

Le Maghreb arabe a ainsi contribué par des apports notables à la civilisation de l'époque, apports illustrés, notamment, par l'émergence d'hommes de sciences, de lettres et de religion.

 

L'apparition de philosophes de renommée mondiale, tels que Ibn Rochd, Ibn Tofail et Ibn Badja, confirme l'importance de l'apport de l'Etat des Mouahidine dans le domaine culturel et sa contribution à la civilisation universelle.

 

L'Etat des Mouahidine est devenu ainsi la plus importante force politique du bassin méditerranéen, ce qui a conduit Salah Eddine el Ayoubi à demander en l'an 586 de l'Hégire (1190) au chef de cet Etat, Yacouk El Mansour, aide et assistance en vue de couper la route de Syrie aux armées des Croisés.

 

Cependant, l'affaiblissement qui a, par la suite, marqué l'Etat des Mouahidine a conduit à l'émergence de plusieurs Etats dont chacun s'évertuait à unifier, sous sa bannière, le Maghreb arabe. Ce furent les Mérinides au Maroc, les Zianides en Algérie et les Hafsides en Tunisie.

 

8 - L'Etat Zianide

 

L'Etat zianide qui avait pris Tlemcen pour capitale constituait la plus importante force politique et clvilisationnelle en Algérie après l'effondrement du pouvoir des Mouahidine. Cet Etat a atteint rapidement une grande prospérité économique, telle qu'en témoignent aussi bien les historiens musulmans que ceux d'Occident.

 

Il convient de signaler que la lutte politique entre les Etats qui ont succédé à celui des Mouahidine n'a pas affecté l'unité culturelle de la région, l'émergence de la personnalité d'Ibn Khaldoun, dont la pensée reflète l'unité culturelle du monde arabo-musulman, en est la confirmation.

 

De même que l'essor culturel et la prospérité économique de ces Etats étaient en grande partie liés à la participation du monde rural algérien à la vie économique et culturelle du pays, des voies commerciales multiples reliaient les centres urbains et les zones rurales au moyen de réseaux assurant l'échange commercial et la circulation des idées sur une large échelle.

 

9 - L'Etat Algérien durant l'ère ottomane

 

La stagnation intellectuelle et le coût d'arrêt que connut l'ijtihad ont conduit à une régression clvilisationnelle dans l'ensemble du monde islamique. Les pays du Maghreb arabe n'ont pas été épargnés par les conséquences de cette régression, leur situation politique s'est gravement détériorée, de même que s'est accru le nombre des prétendants au pouvoir.

 

La complexité de la situation s'est encore aggravée par la chute de Grenade. Cet événement fut le prélude à une nouvelle offensive des croisades en direction du Maghreb Islamique, dont l'Europe chrétienne venait de percevoir l'importance stratégique et géopolitique pour l'Islam.

 

L'Algérie, de par sa position centrale, s'est retrouvée être au centre des préoccupations et l'objectif prioritaire de l'expansionnisme chrétien.

 

Ce n'est pas par hasard que l'Espagne est parvenue treize ans après la chute de Grenade a s'emparer de Mers El Kébir, puis d'Oran elle a également convoité un certain nombre de ports algériens non pour leur seule occupation, mais dans le dessein d'en évangéliser les habitants ainsi qu'en témoignent les déclarations de responsables espagnols.

 

Cependant, la faiblesse des micro-Etats qui existaient à cette époque n'a pas empêché, pour autant, la poursuite de la résistance populaire, grâce à laquelle la nouvelle avancée des Croisés a été partiellement stoppée en dépit de l'absence d'une forte autorité politique.

 

En effet, l'Islam était devenu depuis longtemps, un facteur de cohésion sociale, un mode de résistance permanente et un élément de mobilisation collective, car la disponibilité populaire à résister aux projets européens d'occupation s'est transformée en force organisée, dès lors que les couches populaires ont décelé chez les frères Arroudj et Kheirredine des aptitudes à prendre le commandement et des capacités à rassembler et à unifier les rangs.

 

L'Algérie s'est effectivement dotée d'une flotte de guerre dissuasive en Méditerranée. Cette force navale a contribué à asseoir la base d'un pouvoir devenu le fondement de ce que, sans exagération, il est permis d'appeler l'Etat algérien moderne, avec son organisation autonome et ses institutions définies; ce fut l'Etat algérien durant l'époque Ottomane.

 

Cet Etat s'est appuyé sur la puissance de sa flotte navale pour organiser le Djihad sur les mers, repousser les convoitises étrangères et déjouer les tentatives nouvelles des Croisés.

 

Partant de là, la période Ottomane a constitué un cadre général de pouvoir qui n'a pas porté atteinte à la personnalité nationale algérienne, ni à l'indépendance de décision de l'Etat. Bien au contraire, l'Algérie a pu, durant cette période, affirmer son entité en tant que Nation crainte et respectée, aux caractéristiques bien connues et aux frontières bien définies, confortant  son existence comme Etat puissant au sens moderne du terme, jouissant d'une personnalité reconnue, tant à l'intérieur qu'a l'extérieur du khalifat ottoman.

 

10 - L'Evolution des convoitises européennes

 

Les dernières étapes de l'existence de l'Etat algérien moderne indépendant, dans le cadre du khalifat ottoman, ont été marquées du sceau de la crise intellectuelle qui a affecté le monde islamique, au moment même ou l'Europe réalisait un grand progrès économique, grâce aux découvertes scientifiques qui lui ont permis d'entrer dans l'ère de la révolution industrielle.

 

Cette situation a conduit l'Europe a percevoir la nécessité de s'ouvrir de nouveaux marchés et de s'assurer la mainmise sur d'autres ressources naturelles, ce qui ne pouvait se réaliser sans l'occupation, par la force, de nouvelles régions.

 

L'ingérence de l'Europe dans les affaires de l'Algérie a revêtu une forme explicite dès le début du XIXème siècle et notamment lorsque le congrès de Vienne décida de frapper la force navale algérienne sous le couvert d'une déclaration de guerre contre «la piraterie ».

 

11 - L'Occupation Française

 

Le blocus imposé à l'Algérie par le colonialisme français a marqué la fin de l'ère de " coexistence armée " entre les Etats du Maghreb arabe islamique, l'Algérie en particulier d'une part et, d'autre part, les Etats d'Europe qui, en dépit des apparences, n'avaient pas renoncé à l'esprit de croisades.

 

Après que l'Algérie se fut dressée, avec succès, contre les tentatives successives d'invasion, Il lui fallut supporter les lourdes charges qu'implique une résistance populaire et mener une guerre globale non pas seulement pour défendre la dignité, la souveraineté et la terre à l'intérieur de ses frontières, mais aussi pour repousser l'agression qui visait, dans le même temps, ses voisins, eux aussi menacés.

 

La combinaison de différents facteurs a été un obstacle à une victoire de l'Algérie dans cette bataille de forces inégales; en effet, la flotte algérienne avait subi un coup fatal lors de la bataille de Navarin (octobre 1827), au cours de laquelle elle perdit la majeure partie de ses unités dans le combat maritime mené aux côtés de la flotte Ottomane face à la coalition constituée par les forces navales française, britannique et russe.

 

Le colonialisme français préparait en secret ses plans à moyen et long termes, en direction de toute la région, au moment même où les gouvernements des pays du Maghreb manquaient totalement de vigilance devant les dangers d'une confrontation séparée et ne prenaient pas conscience de la nécessaire solidarité pour un destin commun.

 

Tous ces facteurs ont conduit l'Algérie à payer le prix du premier choc et ce n'est pas l'oeuvre du hasard si tous les autres Etats de la région ont succombé après elle. Leur chute fut le prélude à celle de l'ensemble du monde arabo-islamique qui s'est retrouvé placé, directement ou Indirectement, sous l'emprise coloniale.

 

L'occupation de l'Algérie a eu également pour conséquence de conforter le colonialisme européen dans ses visées expansionnistes et de pénétration dans le continent africain.

 

12 - La résistance populaire et l'Etat de l'Emir Abdelkader

 

A peine le Dey Hussein eut-il signé la convention de reddition du 5 juillet 1830 que les français s'empressèrent de la violer. Le peuple, quant à lui, ne s'est pas soumis et les masses populaires se hâtèrent de prendre les armes, répondant ainsi à l'appel du djihad.

 

En effet, la résistance populaire s'est déclenchée sur tous les points du territoire et dès les premiers jours de l'occupation, les masses populaires engagèrent le combat pour la libération, le premier organisé du genre et dont la première étape dura jusqu'en 1848.

 

Ahmed Bey rejeta la légitimité de la décision prise par le Dey et prit la tête d'une résistance populaire mémorable, ne s'appuyant pas seulement sur les unités de son armée régulière, mais également sur le contingent des résistants organisés parmi les enfants du peuple. Il créa une armée nationale pour repousser l'entreprise d'occupation et réussit à bouter les troupes françaises hors de Annaba en août 1830.

 

En 1832, l'Emir Abdelkader prit la direction de la résistance qui a visé, en même temps que le combat pour rejeter l'occupant, la reconstruction d'un Etat obéissant aux données résultant de la situation nouvellement créée.

 

Il est permis de dire que l'Etat qui s'est établi après l'élection de l'Emir Abdelkader, a été le seul Etat arabo-islamique de l'ère moderne, comme expression de la volonté populaire et doté de structures modernes. L'Emir Abdelkader a constitué le gouvernement et établi un conseil de la Choura.

Il s'empressa d'organiser l'armée, jeta les bases d'une industrie militaire nationale, tout comme il entreprit la frappe de la monnaie et l'institution d'un système d'enseignement généralisé. Il mit également en place un appareil judiciaire adapté aux conditions particulières de la résistance. Il intensifia les échanges diplomatiques et signa plusieurs conventions et traités.

 

La résistance populaire s'est poursuivie bien après l'échec de celle de l'Emir Abdelkader et d'Ahmed Bey.

Les révoltes et les soulèvements populaires se sont alors succédés durant le dix-neuvième (XIXème) siècle et le début du vingtième (XXème) siècle.

Parmi ces révoltes, on peut citer celles menées par Bouziane, Mohamed Boumaaza, Ahmed Benabdallah (Boubaghla), Lalla Fatma N'Soumer, Ouled Sid Cheikh, El Mokrani, Boumezrag, Cheikh El Haddad, El Brakna, Ben Nasser Ben Chohra, Bouchoucha, Bouamama, Cheikh Amoud qui ont entraîné le peuple dans un élan d'épopées ininterrompues depuis le début de l'occupation jusqu'en 1920, avec la fin de la résistance de Cheikh Amoud au Tassili et au Sud-Est du pays.

 

13 - La résistance culturelle

 

La résistance populaire ne s'est pas limitée au seul aspect militaire; elle a également revêtu le caractère d'une résistance spirituelle et culturelle et d'un refus absolu des valeurs que l'occupant voulait imposer et perpétuer. Cette résistance populaire a donc revêtu la forme d'une résistance morale et culturelle refusant tout ce qui pouvait être de nature à contribuer à la légitimation du colonialisme. Ce qui indique clairement que la notion de l'Etat algérien demeurait vivace dans la conscience populaire et explique la promptitude des masses populaires à répondre à l'appel aux armes contre l'ennemi, de même que le caractère permanent des soulèvements armés pour chasser l'occupant par la force et ce, jusqu'a la fin du premier quart de ce siècle.

 

Est-il besoin de rappeler que la défense de l'Islam et de la terre, le sursaut pour la sauvegarde de la dignité et le souci de préserver la personnalité nationale ont été les facteurs de déclenchement de ces révoltes et de ces soulèvements ? De même qu'il n'est pas exagéré de dire que l'unité de conviction religieuse et l'unité culturelle qui en découle ont constitué les éléments décisifs dans la formulation du discours politique et la transformation des zaouias, mosquées et centres d'enseignement en points d'appui entretenant l'appel au djihad et enflammant l'enthousiasme des révolutionnaires et des résistants.

 

La résistance populaire d'une part, la détermination du colonialisme français d'autre part à mobiliser toutes ses forces et a utiliser toute forme de guerre d'extermination, tels l'anéantissement des villages, le recours à la politique de la terre brulée, la destruction des récoltes et la faim organisée pour obliger le peuple, à se soumettre. Tout cela a créé un clivage net entre les éléments qui ont lié leur sort à celui du colonialisme et se sont complus à vivre sous sa protection et toutes les autres catégories sociales. C'est de ces dernières que s'est constitué le grand bloc du mouvement de résistance qui a supporté, durant la longue nuit coloniale, le lourd fardeau de la guerre, une guerre qui s'est effectivement poursuivie jusqu'au début du vingtième (XXème) siècle.

 

14 - Le projet colonialiste de liquidation de la personnalité nationale

 

Le colonialisme se résolut à comprendre, à la lumière de la permanence de la résistance, que les victoires militaires qu'il a pu remporter grâce à la suprématie de sa puissance de feu, n'ont pu ni soumettre le peuple moralement, ni obtenir sa reddition définitive. Les masses populaires sont demeurées en dehors de l'emprise morale du colonialisme du fait de leur détermination à rester musulmanes de croyance, arabes de culture, algériennes de cœur. Les théoriciens du colonialisme n'ont pas tardé à tirer leçon du rôle assumé par l'Islam et la culture nationale dans la mobilisation permanente contre l'occupation. Ils ont alors élaboré un plan minutieux pour combattre la langue arabe et manipuler quelques hommes du culte en vue d'asseoir la domination étrangère.

 

Dans ce même contexte, le colonialisme s'est employé à mettre en œuvre un vaste plan d'évangélisation du peuple algérien, fondant son analyse sur le fait que la trame qui consolide le tissu social du peuple, qui alimente sa cohésion et l'oriente vers l'action unifiée, est un phénomène dû à l'Islam qui a marqué de son sceau tous les aspects de la vie nationale.

 

Partant de ce constat, l'administration coloniale a pu utiliser progressivement certains charlatans falsificateurs de religion, en même temps qu'elle prenait un train de mesures en vertu desquelles la langue nationale devenait langue étrangère.

 

Ce qui a eu pour conséquence la généralisation de la politique d'obscurantisme qui est venue renforcer celle de la paupérisation en spoliant de leurs biens ceux qui combattaient le colonialisme.

 

Tous ces plans s'inscrivaient dans un vaste projet visant a annihiler la personnalité algérienne dans son fondement même et préparaient à la réalisation de la politique de francisation du pays, de la naturalisation de ses habitants et de leur intégration.

 

15 - Le projet national

 

Le Tel est le cadre général dans lequel s'est forgé contenu du Mouvement National Algérien.

La lutte contre le colonialisme dans son aspect politique organisé s'est appuyée sur les composantes de la personnalité algérienne telles qu'elles ont été modelées par l'histoire, dans un cadre géographique et défini par la langue du Coran, la terre des ancêtres et l'esprit de l'Islam. Ainsi dès les années vingt (20), fut proclamé bien haut le droit de l'Algérie à recouvrer son Indépendance. Le peuple exprima sous des formes multiples son refus de toute tentative d'intégration dans la nation française. Cette tentative était d'autant plus dangereuse qu'il existait un certain nombre d'éléments " élitistes " ayant cru à la francisation, imprégnés qu'ils étaient des principes colonialistes et désespérés d'entrevoir d'autres solutions que celles de se fondre dans l'entité française.

 

Le mouvement de l'Etoile Nord Africaine s'est donné pour mission, dès sa naissance de soutenir l'idée du recouvrement de l'indépendance à l'échelle du Maghreb arabe, avant de devenir un mouvement exclusivement algérien qui, sous l'appellation du Parti du Peuple Algérien, prônait l'idée d'indépendance de l'Algérie à travers une vaste organisation populaire qui s'est étendue à l'ensemble du territoire national.

 

Entre les deux guerres mondiales sont apparus en Algérie différents mouvements et organisations politiques et culturels qui ont contribué, à des niveaux différents, au développement de la conscience nationale.

 

Le courant nationaliste s'est heurté à de nombreux obstacles et difficultés dont l'appareil colonial qui réprimait tout appel politique opposé au colonialisme, l'existence d'éléments ayant cru à la possibilité d'un compromis établissant, dans un cadre français, l'égalité entre Algériens et Européens et la propagation de charlatanismes, alliés privilégiés du colonialisme et qui se dissimulaient derrière un discours religieux par sa formulation, mais de nature à séduire les esprits simples.

 

Aussi est-il devenu nécessaire, pour affronter tout cela, qu'apparaissent à la fois un discours politique franc appelant au recouvrement de l'indépendance, apte à préparer le climat à une organisation appropriée qui soutiendrait cet appel et lui assurerait les conditions de succès et un autre discours, religieux celui-là, nouveau dans son style, réformateur dans son expression, nationaliste dans son esprit, combattant les falsifications et libérant les esprits du charlatanisme.

 

Ainsi, le Parti du Peuple Algérien, puis le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques ont entrepris la cristallisation du discours politique radical et ont diffusé l'idée d'indépendance au sein des masses populaires dans les villes et dans les campagnes. Cette diffusion s'est faite au moyen de leurs structures organiques, à travers leur presse et au sein des écoles d'enseignement arabe qu'ils avaient créées au moment même où Ils préparaient, en secret, l'organisation des moyens nécessaires humains. Et matériels pour que l'idée passe du stade de la formulation à celui de l'action et de celui de la théorie à celui de la pratique.

 

Le Mouvement de l'Association des Oulémas, quant à lui, s'est donné pour mission de vulgariser la véritable religion à travers sa presse, ses cercles et les mosquées libres, en même temps qu'il prenait en charge l'enseignement de la langue arabe dans ses écoles selon des méthodes modernes, et s'engagea résolument à enseigner l'histoire loin de toute mystification et de manière à renforcer l'esprit d'attachement à la Patrie.

 

Le long chemin parcouru par l'idée de l'indépendance depuis qu'elle fut lancée par le mouvement de l'Etoile Nord-Africaine jusqu'au 1er novembre 1954, en passant par les événements du 8 mai 1945, fut jonché d'obstacles, entouré de dangers et vit tomber un nombre considérable de victimes et de martyrs.

 

La situation était d'autant plus complexe qu'aucun des partis, mouvements et organisations n'eut la faveur de proposer une formule à même de rassembler les rangs du peuple et de l'engager dans la bataille décisive contre le colonialisme. Même le Parti qui avait prôné théoriquement l'idée de lutte armée et qui en avait préparé en secret la concrétisation n'a pu passer à la phase de l'action en raison de l'opposition de certains éléments de sa direction qui l'ont placé dans une situation de crise aiguë.

 

Cependant, un groupe de ses militants d'avant-garde, à la fois conscients des nécessités de l'heure et résolus de passer à l'action ont transcendé la crise en décidant, à travers le Comité Révolutionnaire d'Unité et d'Action (C.R.U.A.), puis le Groupe des Vingt-Deux (22), de passer à la lutte armée sans délai.

 

Le soulèvement de mai 1945 a démontré que l'idée de recouvrement de l'indépendance avait connu un large écho dans les rangs des masses ; et si l'administration coloniale a recouru, à travers ses organes répressifs, ses unités militaires et sa machine de guerre, aux opérations d'extermination, d'exode et de bombardements aériens des villages, espérant ainsi annihiler l'idée d'indépendance ; par contre, ces journées mémorables durant lesquelles sont tombés plus de quarante-cinq mille (45.000) citoyens ont contribué à la maturation de l'idée de lutte armée comme l'unique voie pour le recouvrement de l'indépendance.

 

16 - La révolution du 1er novembre 1954

 

Tous ces événements ont traduit par leur ampleur la permanence qui a caractérisé la volonté du peuple algérien à mettre un terme au colonialisme qui était fondé sur la négation de l'entité algérienne et le mépris du droit des gens pour les confiner dans l'ignorance de leur histoire et les soumettre à la tyrannie de l'occupant étranger. C'est ainsi que l'annonce du déclenchement de la lutte armée du 1er novembre 1954, fut le prolongement et le couronnement de toutes les formes de résistance menées par le peuple algérien contre l'occupation française.

 

De la même manière, l'annonce par la Révolution de ses objectifs et de ses méthodes dans la proclamation du Front de Libération Nationale (F.L.N.) fut le signal de la naissance d'une ère nouvelle, mettant un terme à toutes les attitudes négatives qu'ont connues les étapes précédentes de la vie politique en Algérie et ouvrant la voie à l'unification des rangs du peuple dans une bataille à l'issue décisive, qui devint l'une des plus importantes épopées dont peut se prévaloir l'histoire des peuples dans le vingtième (XXème) siècle. Le colonialisme français ne perdit pas de vue qu'il affrontait, pour la première fois, depuis qu’il avait foulé le sol algérien, une guerre qui menaçait son existence dans tout le continent africain.

 

Pour cela, il n'hésita pas à engager tout ce dont il pouvait disposer de forces du mal et de destruction. Mieux, il eut recours à l'engagement, à ses côtés, des Forces du Pacte Atlantique et tenta même d'isoler l'Algérie du reste du monde par la construction d'un large réseau de lignes électrifiées qui transforma le pays en une vaste prison.

 

Les zones interdites où l'aviation et l'artillerie françaises tiraient sur tout ce qui bougeait et les camps de concentration où furent massés des millions d'habitants dans le but de les couper de toute liaison avec les combattants de l'Armée de Libération Nationale (A.L.N) et d'empêcher l'approvisionnement de celle-ci, les opérations d'extermination aveugle, les tortures organisées et les raffinements dans la répression corporelle, le terrorisme tout cela confirmait la détermination du colonialisme à mettre un terme à la Révolution par tous les moyens et à tout prix, car il avait compris que le sort de tout l'empire colonial français allait finalement se Jouer en Algérie.

 

Mais la volonté de réaliser l'indépendance, en dehors de tout lien avec le système colonial, avait trouvé son expression heureuse dans la lutte armée. Ainsi se sont libérées les immenses capacités du peuple algérien, brisant les chaînes, affrontant les baïonnettes et défiant la mort pour une vie digne et libre.

 

L'Armée de Libération Nationale (AI.N.) ne tarda pas, à la faveur des idéaux de sacrifices qu'elle consentit sur le terrain et la solide cohésion avec les masses populaires de vaincre les principaux obstacles et d'attirer en son sein des vagues de militants dont le nombre allait sans cesse croissant.

 

La révolution armée a pu ainsi provoquer, dans un laps de temps relativement court, un bouleversement considérable dans la société et une mutation profonde dans les mentalités des masses, de même qu'elle a opéré un changement qualitatif dans ses aspirations et dans le contenu de ses acquis.

 

17 - Les réalisations fondamentales de la révolution armée

 

La Révolution du 1er Novembre a sauvé, par l'action directe et le soutien des masses, le courant qui était le plus incisif dans le mouvement nationaliste algérien et a permis, d'une façon particulière au nationalisme d'avant-garde, dans le cadre de l'idéologie du Parti du Peuple Algérien, de transcender ces contradictions et de renouveler certains de ses concepts essentiels.

 

En effet, l'idée de lutte armée ne tarda pas à s'imposer aux esprits et la démarcation fut rapidement faite entre les patriotes et les autres sur base de l'adhésion dans les rangs de l'Armée de Libération Nationale (A.L.N.) et l'action au sein des structure du Front de Libération Nationale (F.L.N) d'une part et le fait de demeurer en dehors d'autre part.

 

Ainsi, le Front de Libération Nationale (F.L.N.) l'Armée de Libération Nationale (A.L.N.) sont devenus le cadre unique où versent toutes les énergies et rassemble toutes les forces vives du peuple dans une organisation qui agit, sur plusieurs fronts, qui s'active sur tous les plans et qui affronte le colonialisme ses alliés à l'intérieur et à l'extérieur par de multiples formes d'action.

 

L'Armée de Libération Nationale a pu réaliser une mobilisation populaire intérieure sans précédent. Le Front de Libération Nationale a su, de son côté, mettre en place des structures civiles à l'intérieur du pays et des organes qui le représentaient l'extérieur pour traduire cette mobilisation dans les faits, bénéficier de la solidarité arabo-musulmane, de l'élan de libération nationale et des forces éprises de liberté et de paix dans le monde, de telle manière qu'il s'est imposé à l'ennemi, contraint en fin de compte à le reconnaître et à négocier avec lui.

 

La Révolution algérienne a pu, en s'appuyant particulièrement sur son aile militaire, l'Armée de libération nationale, conduire la lutte armée, affronter de nombreuses contradictions de façon à assurer sa continuité, et affirmer la capacité des énergie saines et des forces vives à faire face aux secousse qui visaient à faire avorter la révolution et à la faire dévier de sa voie.

 

Le 1er novembre 1954 a été le résultat d'une appréciation juste des capacités populaires, tout comme le 20 août 1955 a été un défi relevé grâce à à la saine sensibilité dont disposaient les masses ainsi que leur disponibilité totale à accepter le sacrifice suprême.

 

Les idéaux de sacrifice et d'héroïsme dont firent preuve l'Armée de Libération Nationale (A.L.N) sur les montagnes d'Algérie et les Moussabiloune et les Fidayine dans les campagnes et les villes ne tardèrent pas à produire leurs résultats exprimés dans l'unité du peuple, la cohésion de ses rangs et la cohérence du discours qui lui était adressé.

 

C'est ainsi que le Congrès de la Soummam du 20 août 1956, à l'instar du soulèvement du 20 août 1955, a marqué une évolution qualitative dans le mouvement de la révolution et dans les réalisations qui se sont succédées dans tous les domaines, affirmant ainsi l'ampleur de l'adhésion des masses populaires à son appel.

 

La création de l'Union générale des travailleurs algériens, l'entrée en masse des étudiants dans la lutte, la création de l'union des commerçants, la grève des huit jours, les opérations par lesquelles la guerre s'est portée en France même, les mémorables manifestations de décembre, la descente de la communauté algérienne émigrée dans les rues de Paris, tout cela a démontré l'importance et la nature des étapes franchies par la Révolution sur le chemin de la victoire.

 

Cependant, la plus grande réalisation accomplie par la guerre de libération réside dans la consécration de l'unité nationale à l'intérieur de frontières établies. Après s'être psychologiquement exprimée en tant que conviction intime à travers les efforts du mouvement nationaliste dans son acception la plus large, cette unité s'est imposée aux plans pratique et organisationnel ; le peuple s'est alors, dans un élan unanime, rassemblé, inscrivant ainsi une incomparable épopée.

 

Les conditions après de la lutte, l'ampleur des forces de destruction et du mal, mobilisées par l'ennemi, ont imposé une discipline, un type d'organisation, une vigilance et un compter-sur-soi qui, l'ont conduit à se doter d'un instrument exceptionnel de combat.

 

L'affrontement quotidien des dangers a, quant à lui, contribué à la formation de modèles nouveaux de comportement, de solidarité et d'entraide, provoquant de profondes transformations politiques, sociales et spirituelles et conduisant à la destruction des structures du colonialisme avant même que ses armées ne fussent amenées à évacuer le sol algérien.

 

De sorte que l'unité nationale s'est appuyée également sur, des idéaux nouveaux de lutte qui ont renforcé les valeurs du patrimoine civilisationnel algérien.

 

Les conditions de la lutte ont conduit les militants du Front de Libération Nationale (F.L.N.) et les djounoud de l'Armée de Libération Nationale (A.L.N.) à mettre en place des structures nouvelles prenant en charge les problèmes des citoyens tant en ce qui concerne les questions relatives à la disponibilité alimentaire, à la justice, à la santé, à l'enseignement que celles relatives à la protection des habitants des " zones interdites " dans les campagnes et des habitants des quartiers populeux dans les grandes villes en un mot, les structures d'un Etat dans toute l'acception du terme.

 

Les assemblées populaires dont l'instauration a été entreprise dés le Congrès de la Soummam sont progressivement devenues des organes d'administration auxquels s'identifiait le peuple, désertant ainsi les structures de l'administration coloniale.

 

Ces transformations ont introduit de profonds changements qui ont donné à la Révolution nationale un contenu économique, social et culturel, lui imprimant un caractère particulier, de sorte que l'exigence de recouvrement de l'indépendance s'est confondue totalement avec des contenus économiques sociaux et culturels précis.

 

L'œuvre grandiose qu'a réalisée le Front de Libération Nationale (F.L.N.) de 1954 à 1962 ne consiste pas dans le seul recouvrement de l'indépendance, mais bien plutôt, et en particulier, dans la préparation de conditions nouvelles qui ont ouvert la voie à des mutations profondes, permettant aux masses populaires d'influer la conduite des événements et de forger leur devenir.

 

La Révolution algérienne, de par la plénitude du combat mené, de son vaste déploiement à l'intérieur du pays et des implications heureuses nées de la solidarité des peuples avec l'Algérie, a forcé l'ensemble du système colonial français à abandonner l'administration directe d'un certain grand nombre de pays qui colonisait en Afrique.

 

L'Algérie, dont la chute de l'Etat au premier tiers du siècle dernier fut le prélude de la colonisation d'un certain nombre de pays du Maghreb arabe et du continent africain, est aussi le pays qui a contribué, dans une large mesure, au renforcement du courant d'indépendance car du fait de l'ampleur du combat qu'il menait, Il a contraint le colonialisme à s'empresser de se retirer des pays qu'il occupait au Maghreb et en Afrique pour se consacrer, avec toutes ses lutte du peuple algérien. Ainsi plusieurs pays ont parachevé leur souveraineté tandis que d'autres ont pu s'acheminer vers l'indépendance.

 

18- Les défis de l'étape de l'édification

 

Les défis imposés par la confrontation du colonialisme ont conduit la Révolution algérienne à s'assurer d'un instrument moderne d'organisation politique, économique et sociale et à faire en sorte que les fondements de l'Etat restauré puisent leurs sources dans le patrimoine civilisationnel, et tirent leur force du caractère populaire de la révolution armée.

 

De là découle le choix de l'option socialiste qui s'est cristallisée à la fin de la guerre de libération et qui procède de l'expérience particulière qu'a connue la Révolution algérienne sous la conduite du Front de Libération Nationale (F.L.N) Ce choix, bien que bénéficiant de l'apport extérieur, n'a jamais été une imitation aveugle de modèles étrangers, ni une copie servile d'une expérience importée.

 

La simultanéité née du recouvrement de l'indépendance et des concepts et fondements définis par la Charte de Tripoli constitue le couronnement d'un des mouvements les plus percutants de l'histoire, conférant à l'expérience algérienne, un caractère d'exemple dans le tiers-monde. Ainsi, le nationalisme populaire algérien a été l'un des rares mouvements de libération qui ait pu réaliser l'objectif de son combat car il n'en est pas seulement résulté une indépendance formelle que se serait appropriée la bourgeoisie pour ses seuls intérêts, mais plutôt un réel pouvoir révolutionnaire.

 

Ce pouvoir révolutionnaire a puisé sa force dans les transformations politiques, sociales et mentales qui se sont réalisées au cours de la lutte armée et qui ont fait que l'exigence du recouvrement de l'indépendance devait coïncider avec la reconquête de la terre, la restitution des valeurs culturelles, la sauvegarde de l'identité nationale menacée, la cristallisation d'une conception progressiste du pouvoir, garantissant la permanence du courant révolutionnaire et aboutissant à la construction d'une société exempte de toute forme d'exploitation.

 

L'édification d'une société nouvelle au profit des masses populaires apparaissait, à la verne du 1er Novembre, comme un rêve inaccessible. Mais dès le déclenchement de la lutte armée, commençaient à s'entrevoir les premiers contours pour en faire un projet possible, puis, au long des expériences accumulées, la vision s'élargit, l'idée s'approfondit jusqu'à permettre la cristallisation de la volonté politique indispensable à sa concrétisation.

 

Les sacrifices considérables consentis, ainsi que l'élargissement de la bataille qui a rassemblé dans un même rang les militants du Front de Libération Nationale (F.L.N.), les djounoud de l'Armée de Libération Nationale (A.L.N.), les différentes catégories populaires, notamment les salariés, les artisans, les paysans et les habitants des zones déshéritées ont contribué à approfondir le contenu démocratique et populaire de l'Etat algérien.

 

Ce contenu populaire est devenu le caractère dominant de la révolution durant l'étape d'édification, ce qui explique les succès remportés par l'Etat, ainsi restauré, dans la concrétisation de ce projet national au profit des masses populaires.

 

Si le programme de Tripoli a répondu dans son ensemble à ces préoccupations, en définissant les tâches principales de la révolution démocratique et populaire et en concevant la démarche générale nécessaire à leur réalisation, si l'Algérie a réalisé, à travers le recouvrement de l'indépendance, une victoire dont l'écho a retenti dans toutes les régions du monde, elle s'est retrouvée confrontée directement après l'indépendance à un certain nombre de problèmes complexes : les séquelles d'une guerre destructrice, les effets d'une colonisation de peuplement qui a duré plus d'un siècle, des forces néocoloniales qui s’apprêtaient à vider l'indépendance de son contenu, les appétits et les intérêts bourgeois, qui visaient à dévier la révolution de sa voie, le réveil de certains tenants de visées expansionnistes contre le pays, autant d'éléments qui ont redonné espoir au néo-colonialisme de faire avorter la révolution algérienne et de permettre son retour sous un nouvel uniforme. Mais le bond accompli par la Révolution et l'ampleur des transformations Intervenues ont permis le réflexe d'une action salutaire et préventive lui restituant Sa limpidité idéologique et lui fournissant sa capacité de redressement.

 

Ainsi fut le 19 juin 1965 qui constitua un moment crucial où la Révolution a opéré son propre renouvellement qui a permis à la Nation de faire un bond considérable, s'empressant d'éliminer le caractère colonial de l'économie, instituant une politique d'équilibre régional, mettant en place des institutions de façon méthodique en partant de la base, réinstaurant des assemblées populaires pour renforcer la démocratie populaire et permettre à la base de s'associer à la gestion, marquant ainsi sa fidélité à l'esprit du Djihad.

 

Les mesures prises par la direction révolutionnaire dès les premières années étaient claires pour la formation du projet révolutionnaire pour lui assurer son efficience et permettre sa réalisation progressive sans secousse et sans heurts, Dès lors. le pays s'est orienté, tout d'abord, vers la liquidation de toutes les formes de dépendance, de présence militaire étrangère, le dernier soldat étranger ayant évacué le sol national, tout comme a été engagée la définition d'une stratégie de libération économique et la mise en place des bases d'une économie nationale indépendante, selon une démarche fondée sur l'évaluation juste des conditions objectives du pays et une détermination politique sans faille.

 

Les acquis révolutionnaires ainsi consolidés, les réalisations économiques obtenues, la politique de formation adoptée, offrant la possibilité aux Algériens d'accéder à l'éducation et au droit à l'emploi, tout cela n'a pas empêché, toutefois, l'apparition d'un certain nombre de phénomènes négatifs inéluctables. Ces phénomènes auraient pu connaître une plus grande complexité du fait de la situation qu'a connue le pays à la veille du quatrième Congrès du Parti. Cependant, le peuple algérien a démontré, une fois de plus, l'étendue de sa maturité, tout comme l'ont démontré, à la fois, la base populaire du Parti, ses cadres supérieurs et les membres de sa direction, à travers ses différentes instances, leur appréciation du sens de la responsabilité, leur sérieux dans l'accomplissement du devoir et leur attachement aux textes de la Charte nationale et de la Constitution.

 

La tenue du quatrième (4ème) Congrès du Parti du Front de Libération Nationale (F.L.N.) et ses résultats ont constitué une véritable victoire sur soi, remportée par l'Algérie lui permettant, dans le même temps, de surmonter les autres difficultés objectives.

 

En effet, la direction politique, issue de ce Congrès, a entrepris d'affronter résolument les obstacles et difficultés nés du développement, d'une part, et des contraintes engendrées par la structure de l'économie mondiale, d'autre part.

 

L'Algérie a ainsi affronté avec détermination, durant la présente décennie, les phénomènes induits par la mentalité de « ne point compter sur soi », qui étaient en voie de prendre une ampleur inquiétante.

 

Elle a également pris un certain nombre de mesures imprimant à l'économie nationale une orientation qui lui permette de compter d'abord sur ses potentialités propres dans le cadre d'une planification rationnelle et saine.

 

Cette volonté consciente et les résultats de cette résolution militante se sont traduits par la dynamisation de la vie politique nationale. Les activités du Parti et des institutions de l'Etat ont évolué dans tous les domaines et se sont étendues à tous les secteurs. Le développement a connu un essor honorable en dépit d'un environnement mondial défavorable. Ces performances se sont réalisées grâce à une appréciation plus saine de la situation - un plus grand compter-sur-sot, une meilleure organisation de la gestion et une répartition plus réaliste des responsabilités.

 

Durant cette même période, une attention particulière a été accordée à la solution d'un certain nombre de problèmes auxquels se heurtait le citoyen dans sa vie quotidienne, de manière à amoindrir sensiblement l'inquiétude sociale.

 

De même qu'a été réhabilité le cadre de vie du citoyen dont la préoccupation a été intégrée dans toute démarche de politique économique et à tous les niveaux et dont, l'amélioration est considéré comme l'un des meilleurs investissements qu'accomplit l'Algérie pour encourager l'initiative, réaliser la cohésion sociale et construire l'avenir.

 

Cependant, la recherche de l'amélioration du cadre de vie ne part pas du seul souci de satisfaire les besoins de consommation, mais garantit également un intérêt accru aux besoins, de l'esprit et de l'âme. Cette amélioration signifie aussi la rationalisation des modèles de consommation hérités, la promotion des préoccupations culturelles, l'amélioration des niveaux d'enseignement, d'éducation et de formation et la préparation des moyens qui garantissent un intérêt soutenu à la vie morale quotidienne.

 

Ceci constitue, en effet, la voie la meilleure pour un équilibre psychologique et moral de l'individu, qui donne son véritable sens à l'harmonie sociale recherchée et qui contribue à réduire les facteurs de tension, de déviation et de perdition.

 

Il est clair que ces résultats positifs n'auraient pu être réalisés s'il n'avait été progressivement mis un terme aux disparités dans les salaires et au déséquilibre dans le système des prix, qui constituait une source d'inégalités sociales et si, par ailleurs, n'avait été entrepris le renforcement de la gestion socialiste des entreprises en la débarrassant des faux problèmes et des attitudes irresponsables, et si, enfin, l'économie n'avait été organisée sur des bases permettant à la planification de jouer pleinement son rôle, de restructurer les entreprises, d'apporter les correctifs nécessaires aux déséquilibres externes et internes de l'économie nationale, de façon à assurer un développement global, harmonieux et indépendant.

 

Tous ces acquis qui ont été réalisés grâce aux efforts continus, constituent le fondement de l'évolution politique de l'Etat et les bases matérielles nécessaires au progrès social. Il ne s'agit pas de rassembler des théories sans relation avec la réalité. Il s'agit plutôt de fonder l'analyse sur les acquis, sur les réalités concrètes et sur l'expérience vivante pour tirer les enseignements Partant de là, la Révolution pourra approfondir la conception de ses structures, parachever le modèle de société qu'elle souhaite, en même temps qu'elle définit des méthodes aptes à en concrétiser le contenu et qu'elle s'ouvre des perspectives d'action globale pour l'avenir.