Dernière mise à jour : Janvier 2018

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La 1ère Charte Nationale

 

 

La Charte Nationale

 

Introduction

 

Bien des évènements séparent l'Algérie d'aujourd’hui de celle de juillet 1962. Mais ce qui distingue véritablement les deux époques, ce sont, avant tout, les progrès évidents, les accomplissements d'envergure qui ont vu le jour pendant ce laps de temps. Car, ce qui est important au regard de l'histoire, c'est ce qui est appelé, suivant les termes de la Proclamation du 19 juin, à «survivre au évènements et aux hommes» Les transformations fondamentales que l'Algérie a connues pendant la décennie écoulée, entrent bien dans un tel cadre et acquièrement, de ce fait, une réelle portée historique

 

Le moment est précisément venu de reprendre tous ces acquis, arrachés au prix de mille épreuves, d'en approfondir la logique interne, de les assimiler dans leur signification globale et d'en faire le tremplin d'une entreprise plus vaste.

 

La présente Charte Nationale se propose, à cet égard, d'exprimer une expérience et de formuler une stratégie. Entre celle-ci et celle-là, le lien est évident. Les principes qui guident notre action ne sont pas intemporels; ils résultent de la pratique de tout un peuple résolument engagé dans la construction de son avenir. C'est ce qui fait leur force et leur confrère, tout à la fois, la rigueur et l'audace qui sont la marque de notre Révolution.

 

C'est dire à quel niveau d'exigence accrue se situe la présente charte.

 

Une nation qui a réussi l'une des plus prodigieuses remontées de l'histoire contemporaine, se doit constamment d'adapter et d'enrichir sa plate-forme de combat pour mieux assurer la continuité révolutionnaire.

 

Poursuivant la tâche de clarification politique et de progrès idéologique qui se développe depuis plus de vingt ans - Appel du 1er novembre 1954, Plate-forme de la Soummam de 1956, Programme de Tripoli de 1962 Charte d'Alger de 1964, Proclamation du 19 juin 1965, - la Charte nationale constituera, sans aucun doute, une contribution nouvelle à l'œuvre d'émancipation totale du peuple algérien dont elle exprime, tout à la fois, les aspirations profondes et la volonté la plus résolue.

 

Les pays du Tiers-Monde connaissent une dynamique nouvelle née d'un besoin irrépressible de changement et d'ouverture. Ils se trouvent, aujourd’hui, à un tournant important de leur histoire, et la communauté internationale tout entière n'échappe pas aux répercussions de l'évènement.

Les aspirations des peuples du Tiers-monde et leurs épreuves toujours recommencées sont les nôtres. La volonté de changement qui nous est commune et qui est déjà l'objet de tant de sacrifices, doit se faire en harmonie avec les réalités vécues, les valeurs efficaces inhérentes à un long passé de luttes libératrices et les impératifs d'une société moderne et démocratique basée sur la justice sociale et le progrès économique. Cette société sera, en particulier, appelée à prémunir les seins contre les aléas d'un développement difficile, le retour des féodalités exploiteuses, et tous les périls internes et externes que les séquelles coloniales et les systèmes de mainmise étrangère tentent de perpétuer.

 

Cependant, l'objet commun de libération et de changement que se propose d'atteindre le Tiers-monde ne nous dispense pas de percevoir des clivages dans le processus historique de transformation, et d'effectuer en conséquence, une analyse adéquate pour chacun de nos pays, aller de conjurer les maux dont il souffre et de hâter l'avènement d'une solidarité effective.

 

Concernant le cas précis de l'Algérie, il est nécessaire, dans la perspective du renouvèlement de notre champ de vision, d'esquisser les grandes lignes d'une trajectoire à travers laquelle le peuple algérien peut se définir, expliciter les raisons d'être de son destin actuel et préciser les voies et les moyens pour transcender le présent vers un avenir meilleur. Cette approche établira le lien étroit entre la résistance séculaire contre le colonialisme, le combat armé pour l'indépendance, et l'option socialiste actuelle qui en découle tout naturellement. Le visage de tout un pays apparaîtra, ainsi, nettement, rendant plus perceptible cette marche en avant.

Une vue neuve des choses, une détermination plus grande : tout cela exige de nous un bilan, une mise au point où les principes qui sont à la base de notre entreprise historique apparaîtront encore avec plus de clarté, de vigueur et de fermeté.

 

Le caractère populaire du mouvement qui a toujours porté l'Algérie à couvrir les étapes de son histoire, constitue la base même en dehors de laquelle aucune action d'envergure, aucun sursaut émancipateur durable, aucun progrès collectif ne peuvent s'expliquer objectivement. En effet, dès les débuts de l'invasion coloniale au XIXème siècle, ce qui frappa le plus, ce fut l'engagement massif des couches les plus profondes du peuples, notamment dans les compagnes, en un mouvement de résistance qui allait se prolonger durant des décennies, révélant, à travers des fortunes diverses, une remarquable continuité historique.

 

Si l'appareil d'Etat qui existait en 1830 d'effondra pratiquement au premier choc, ce furent les masses populaires qui prirent le relais du djihad autour d'Abdelkader. Un clivage se produisit d'emblée, entre, d'une part, les couches conservatrices et féodales liées au Maghzen, certains éléments opportunistes de la grande bourgeoisie des villes qui prirent fait et cause pour l'occupant ou s'accommodèrent facilement de sa présence, et, d'autre part, les autres groupes sociaux, petite paysannerie exploitée, lettres, petits artisans, qui composèrent le gros des forces de résistance et devaient , par-là même, supporter, pendant une quarantaine d'années, tout le poids d'une guerre de génocide, de rapiner et de dévastations.

 

Ainsi se forgea le contenu populaire du nationalisme algérien, contenu qui ne fera que se radicaliser à mesure que le colonialisme étendra son système d'oppression. Relativement faible, la bourgeoisie nationale, qu'un exode massif hors du pays, au moment de la conquête française, rendit plus vulnérable encore, se laissa finalement éliminer au profit d'une nouvelle couche de notables pro-colonialistes.

 

Tous ces faits ont eu pour conséquence de retarder, et même d'exclure, l'échéance d'un mouvement politique nationaliste bourgeois de contestation et de relative dignité. Ils ont, du même coup, levé une grave hypothèque, laissant le champ libre, le moment venu, aux seules forces patriotiques et anti-colonialistes issues des classes moyennes, des petits artisans des villes des travailleurs et des paysans. En d'autres termes ce qui pouvait apparaître comme une lacune, allait, au contraire, dégager la voie vers un nationalisme populaire libérateur; puis, à l'indépendance, cers un processus d'édification de la société qui avait été débarrassée, au préalable de la mainmise ou de la tutelle des forces réactionnaires dominantes.

 

La lutte patriotique qui s'est déroulée en Algérie pendant 130 ans environ face à l'occupation étrangère, se manifestait à travers toutes les formes possibles d'action et avec un soubassement plus ou moins précis de couche sociale et de sens national libérateur, mais selon la même constance visant à sauvegarder la société, son patrimoine foncier, ses acquis historiques et son être collectif. Prendre guerre d'indépendance organisée dans le cadre d'un Etat et sous le commandement de l'Emir Abdelkader contre les envahisseurs français, de 1832 à 1847 ; révoltés et soulèvements régionaux de grandes amplitude se succédant jusqu'en 1882 et, d'une façon beaucoup plus restreinte, jusque dans les débuts du XXème siècle; résistance aux séquestres et vols massifs de terres au profit des colons : efforts de récupération acharnés et parfois réussis de fonds agraires appartenant à de large collectivités paysannes spoliées et relouées; combat politique nationaliste structure apparu dans les années 1920 et ne cessant d'affirmer dès lors, une dominante populaire et la revendication pleine et entière de la personnalité algérienne et de l'indépendance du pays et refus opiniâtre opposé par lui à l'assimilation organique à la nation française, édictée avec la complicité de la bourgeoisie libérale; évènements du 8 mai 1945 ayant entraîné de la part des colonialistes les massacres effroyables que l'on sait ce qui allait déterminer les patriotes à choisir plus tard des moyens radicaux de lutte armée; déclenchement de la guerre de libération enfin mobilisant à partir du 1er novembre 1954 et de manière progressive les forces militantes d'avant-garde les paysans et la nation dans son ensemble pour les engager dans la voie d'une véritable révolution : tout cela exprimait la volonté du peuple algérien d'abolir un passé de    pris de la personne humaine et du droit des gens d'obscurantisme et d'assujettissement à l'occupant étranger. Cette volonté de devenir national et de rupture violente avec le système colonialiste n'a cessé d'animer la Révolution dont les prolongements insoupçonnés et la vigueur accrue, au fur et à mesure qu'un guerre de génocide et de dévastation multipliait les massacres et accumulait les ruines ont, du même coup transformé profondément la société algérienne les structure mentales des masses populaires, et le contenu qualitatif de leurs acquis . La Révolution du 1er novembre a sauvé par l'action directe et le recours aux masses opprimées, le courant le plus dynamique du nationalisme populaire algérien. Elle a surtout permis au nationalisme d'avant-garde de dépasser ses contradictions de renouveler certains de ses concepts fondamentaux et de retrouver grâce à l'exemple et au brassage de nouvelles forces sociales issues du combat libérateur le chemin le plus sur vers le socialisme. Les divers paliers de la prise de connaissance liée au déroulement de la guerre de libération sous la conduite du Front de libération nationale (FLN) et de l'Armée de libération nationale (ALN), entre 1954 et 1962 se situent en amont et en ava d'impacts révolutionnaires décisifs par les lesquels l'Algérie militante rompait irrévocablement avec l'existence des parties politiques attentistes devenus inopérant dans la dernière décennie de l'ère coloniale avec les utopies du libéralisme bourgeois la démagogie secrétaire le goût du compromis, les incertitudes, illusions et velléités quant au choix des voies et des moyens propres à assurer pour toujours l'édification du pays et son indépendance nationale sur des causes conformes à la justice sociale au progrès économique et culturel et à la souveraineté inaliénable du futur Etat algérien. A ces impacts idéologiques internes, il convient d'ajouter ceux qui déterminèrent, au moment de la lutte armée, de grandes répercussions dans le monde entier répercussions grâce auxquelles la révolution algérienne allait contribuer indirectement à hâter l'accession, à l'indépendance du Maghreb et du reste de l'Afrique, à renforcer le courant anti-impérialiste chez les peuples arabes et à déterminer, partout ailleurs une appréciation lus juste des problèmes de l'oppression colonialiste et de la décolonialisation.

 

Le nationalisme populaire algérien a été ainsi, l'un des rares mouvements de libération à avoir pu mener jusqu’au bout un lutte qui a débouché sur un Pouvoir révolutionnaire et non sur une indépendance dominée par la bourgeoisie et confisquée à son seul profit.

 

Mais le contenu populaire du nationalisme algérien, qui contribua à la libération du pays, ne doit pas se suffire a lui même. Il exige un approfondissement idéologique de même que le refus de toute auto-satisfaction. Confronté à l'occupant étranger aussi bien qu'aux forces rétrogrades internes, le mouvement historique de libération fortifia, de proche en proche, sa conscience de lutte à partir d'aspirations à l'indépendance et au recouvrement par le peuple de ses terres spoliées, de ses valeurs culturelles niées, de son identité nationale menacée. Puis, il accéda a un sens plus grand de l'organisation d'abord politique, ensuite révolutionnaire armée, enfin progressiste de substrat économique et social visant à l'instauration du socialisme. L'enchainement de tous ces faits capitaux a donné lieu, au cours d'une lutte armée sans merci, à un véritable creuset idéologique en puissance où l'élan nationaliste populaire militant trouve son prolongement naturel dans l'édification du socialisme.

 

Une révolution libératrice de l'ampleur de celle que connaît l'Algérie déploie, par la force des choses, des efforts exceptionnels pour réanimer et mobiliser des énergies humaines qui demeuraient prisonnières de certaines habitudes anti-sociales et victimes de l'impact destructeur de la colonisation. Elle charrie, en même temps et en dépit de sa vocation progressiste, des faiblesses, des aspirations au conservatisme, des tentations bourgeoises, des relents féodaux, des appétits égoïstes, mais c'est toujours de l'intérieur qu'elle retrouve sa voie initial de pureté idéologique et d'action efficace de redressement. Le 19 juin 1965 fut l'un de ces grands moments de la Révolution retrouvée. Aujourd’hui, l'heure est venue d'un nouvel élan destiné à prolonger le premier et à le porter à un autre palier, celui de la démocratie à consolider par des institutions complémentaires, d'un développement global à dynamiser, de besoins socio-économiques à satisfaire d'une façon durable, de droits et garanties civiques  à assurer à tous les citoyens avec une extrême exigence, par fidélité à notre combat émancipateur et pour le succès de l'édification socialiste.

 

Des considérations objectives nous aideront à déblayer graduellement la voie dans laquelle nous nous engageons. Dans plus d'un pays du Tiers-Monde, le développement ne concerne, en général, que de rares secteurs qui sont souvent dominés par des capitaux étrangers et orientés vers des objectifs de caractère néo-colonial. L'accumulation du capital se déroule généralement dans un contexte de départ défavorable et carence. Elle oblige à réduire la consommation de populations déjà privées du minimum vital, cependant que les couches sociales nanties et politiquement puissantes, en dépit de leur petit nombre, cherchent à établir pour elles-mêmes un modèle de consommation de type capitaliste qu'elles s'appliquent, de plus, à imposer en tant que système idéologique. Les pays du Tiers-Monde doivent donc trouver, par un effort qui leur soit propre, les modes de développement et les structures politiques qui correspondent le mieux à leurs conditions objectives Pour sortir de la stagnation, ils doivent découvrir leur propre voie et fonder leurs institutions en fonction des objectifs à atteindre, des structures social à améliorer du niveau culturel et de conscience politique des masse populaires à renforcer vers plus de progrès. Le développement exige, à la fois, l'établissement de structures socio-économiques nouvelles et justes, la récupération des richesses naturelles et leur valorisation, le relèvement du niveau intellectuel et politique des masses, une épargne collective substantielle, une planification très stricte des priorités, une répartition équitable des revenus. Cela implique des efforts et des sacrifices que seules des institutions représentatives appropriées, basées sur l'adhésion et la participation des masses populaires, peuvent rendre possibles.

 

L'Algérie, pays du Tiers-Monde, ne peut échapper à la règle commune. Dès les débuts de la guerre de libération, l'idée de l'instauration d'une société nouvelle au profit des masses populaires gagnait du terrain et s'approfondissait au fur et a mesure de l'expérience acquise. La radicalisation de la lutte armée. Les sacrifices énormes qui furent consentis pour le triomphe de la cause nationale, la fusion complète pendant sept ans et demi entre le Front de libération nationale - Armée de libération nationale (FLN-ALN), les petits salariés et artisans et les paysans pauvres engagés dans le combat, ont contribué à approfondir davantage le contenu démocratique et populaire du futur Etat algérien et à affermir la volonté de tout mettre en œuvre, plus tard, afin que le développement du pays ne serve pas à enrichir une minorité. L'affairistes et de privilégiés, mais puisse se réaliser, au contraire, au profit des masses populaires . Déjà, chez les moudjahidine et les militants conscients, l'idée d'édifier un Etat bourgeois se confondait, purement et simplement, avec celle de contre-révolution, tant s'avérait étroit le lien dialectique qui existait entre la nature populaire de l'action libératrice anti-colonialiste et le caractère socialiste de la nouvelle société à construire. Le programme de Tripoli, avait, pour l'essentiel, répondu à ces préoccupations en assignant à la révolution démocratique et populaire ses tâches principales. Cependant, durant les trois premières années de l'indépendance, la politique définie par ce programme de n'a pu ni être appliquée ni - encore moins - être approfondie et enrichir. Si les objectifs du programme de Tripoli et de la Charte d'Alger étaient toujours proclamés bien haut, leur aboutissement et tout ce qui pouvait en faire une réalité tangible, se voyaient bloqués. Le redressement du 19 juin 1965 allait remettre la Révolution sur une voie plus correcte. La Proclamation du 19 juin affirmait solennellement que «la stabilité et la confiance enfin rétablies, le Conseil de la Révolution s'attachera à la remise en œuvre et au redressement de notre économie. Cela n'est possible que si toute forme de phraséologie et d'empirisme est bannie et si, en définitive, les voies et les moyens sont objectivement précisés et compris de tous». Il est maintenant notoirement admis que le Pouvoir révolutionnaire a tenu ses promesses. Les immenses progrès réalistes par l'Algérie dans tous les domaines sont considérés, d'une façon générale, comme un défit au sous-développement.

 

C'est dire que le Pouvoir révolutionnaire n'a pas seulement relancé l'économie et créé les conditions qui nous rapprochent du décollage économique; il a aussi, par des mesures radicales, jeté les bases de l'édification d'une société socialiste. Les structures mises en place et les transformations profondes introduites dans la texture de la société ne relèvent ni de schéma dogmatiques ni d'un empirisme circonstanciel. Elles découlent toutes d'une vision claire des buts à atteindre, d'une juste appréciation des conditions objectives du pays, et d'une volonté politique résolue. Elles sont le résultat de la riche expérience politique réalisée aussi bien durant la guerre de libération nationale qu'au cours du combat acharné pour le développement économique et le renouveau social.

 

Tous ces acquis, obtenus en l'espace d'une décennie d'efforts soutenus, constituent la base de l'évolution politique de l'Etat et les assises matérielles indispensables au progrès de la société. Il ne s'agit donc pas d'échafauder des théories détachées du réel, mais de partir des acquis, du concert, du vécu, afin d'en tirer des enseignements, nous pouvons, désormais, approfondir la conception de nos structures, définir encore plus, en en précisant les modalités, le genre de société que nous voulons édifier, tracer les perspectives d'avenir de notre action globale. Cela implique une clarification rigoureuse destinée à dissiper les équivoques, à éliminer les scepticismes, à consolider et à développer les institutions destinées à satisfaire les besoins légitimes des citoyens tant au plan de la dignité de la personne humaine, qu'à celui du travail, de la santé, du logement, du savoir, des loisirs, de la formation technique et professionnelle, d'une justice et d'une sécurité appelées à des protéger contre tous les abus.

 

Continuité révolutionnaire comme dynamique de transformation, mais aussi, continuité nationale en tant que fidélité à soi, en dehors de toute équivoque. Il s'agit, en effet, d'un pays qui n'a cessé d'évaluer depuis son lointain passé chargé de hauts faits et d'apports concrets à la civilisation universelle, et au sujet duquel on ne doit pas confondre traditions anti-sociales et figées, avec traditions vigoureuses de lutte et de progrès. Les grandes vertus du peuple algérien et son patrimoine plusieurs fois millénaire ne doivent pas être un objet de superstitieuse vénération, mais la base réelle d'une promotion continue, par le travail productif, la créativité culturelle, le sens de la justice, le civisme, le dévouement, l'amour irrépressible de l'indépendance et la démocratie. Il ne faut pas que, par une interprétation erronée des traditions, notre société, à peine émergée du désastre, retombe dans les ornières du passé alors qu'elle dispose d'atouts positifs considérables pour s'imposer dans le monde moderne. A ce propos, il convient de ne pas oublier que, lorsque les féodalités disparaissent en tant que forces politiques, elles laissent derrière elles une «Ethique» à leur image. Cette éthique féodaliste peut imprégner dangereusement les modes de penser et d'agir de bon nombre d'Algériens relativement à leurs conduites sociales à propos de la condition de la femme, de l'esprit de clan, du parasitisme familial ou communautaire, des solidarités injustes, du culte de l'argent, de la morale financière, d'une vision fataliste du monde à travers laquelle la hiérarchie des groupes sociaux est conçue comme définitive : maîtres et serviteurs, exploitateurs et exploités, riches et pauvres, prépondérants et dominés. Si la guerre de libération a contribué à anéantir ces forces rétrogrades, il restera à la révolution culturelle et à une morale socialiste conséquente, de détruire les survivances de l'esprit féodal et l'imprégnation idéologique insidieuse néo-bourgeoise.

 

Une révolution doit aussi créer les conditions permanentes qui sont susceptibles de prémunir la société contre les maux dont elle a souffert. De là, la nécessité d'une organisation de l'acquis et des forces capables de mener jusqu'au bout la révolution, d'appliquer le socialisme et de le défendre.

 

Il est évident que cette organisation ne doit pas être le fruit du spontanéisme et ne pas tabler sur des schémas conformistes selon lesquels, de par l'appartenance à telle catégorie sociale, on doit se considérer d'emblée comme un allié de la révolution sans qu’une prise de conscience préalable et une préparation adéquate à ce rôle actif ne viennent soutenir et stimuler les efforts. Certes, les paysans pauvres ont plus que d'autres souffert de la conquête coloniale, du féodalisme mercenaire et de la guerre de génocides qui marqua les dernière années de la domination étrangère. Mais si, dans leur ensemble, les forces objectivement acquises au socialisme - travailleurs de villes, paysans pauvres, jeunesse ouvrière et intellectuelle - se sentent concernées par l'avenir de la révolution, il ne faut moins agir avec acharnement, un sens rigoureux de l'organisation et une conscience accrue des droits et devoirs institutionnels, pour les motiver davantage. Il faut en faire, à la fois, des citoyens responsables et des militants socialistes pleinement conscients des objectifs de l'édification d'un monde nouveau dont ils seront les premiers bénéficiaires et qu'ils devront défendre contre les dangers internes et externes. C'est là une exigence qui rejoint les critères fondamentaux par lesquels va s'exprimer, à l'avenir, l'adhésion au programme socialiste. C'est plus qu'un engagement, c'est la raison d'être et d'agir de tout un peuple qui se manifestera à travers les institutions démocratiques, un parti rénové, des organisations de masse mieux structurées, une économie et une culture reflétant la double fidélité à la révolution et à la nation.

 

Pour préserver et approfondir les acquis de notre révolution, l'Etat socialiste et les différents organes du pouvoir feront en sorte que dans tous les secteurs une sélection des cadres les meilleurs et les plus engagés soit réalisée. Appuyant cette sélection avec la dernière rigueur, des lignes d'action viendront, dans tous les domaines, hâter les transformations nécessaires et que les dix années précédentes ont largement amorcée.

 

Les acquis déjà obtenus et les grands projets nationaux déjà entamés ou à venir, expriment la finalité de la révolution algérienne dans les secteurs industriel, agricole et culturel qui composent, pas leur étroite imbrication, la dialectique même du changement global de la société dans le sens du socialisme. Il conviendrait de situer chacune de ces actions dans un contexte plus large que celui de la technique. L'importe que l'accomplissement de la révolution culturelle, se traduise par l'édification d'une administration rénovée, définitivement débarrassée des séquelles coloniales, et ne soit pas l'occasion pour les affairistes, les bureaucrates médiocres et les agents incompétents, les arrivistes et les pseudo-militants, de stériliser, de discréditer cet immense élan ou de s'enrichir impunément à ses dépenses. D'où la nécessité d'une lutte vigoureuse et infatigables contre les dépassements, les habitudes sociales nocives, les carences, la mauvaise application des normes, les déviation idéologique. L'impact sur le terrain social, sur les mentalités ainsi mises en éveil ou ébranlées par un processus novateur, le sens du travail, les audaces à propulser et les tabous à enfreindre, la révolution positive de possibilités humaines longtemps contrecarrées ou sans emploi judicieux; tout cela devra entrer en ligne de compte pour l'appréciation dynamique, et non plus opérationnelle, de la révolution culturelle, de la révolution agraire et de la révolution industrielle et de leur contexte politique de rigueur. Sans oublier d'envisager les obstacles à vaincre, toutes les habitudes sociales nocives à éliminer, la nécessité d'un minimum de vigilance, et même de coercition, pour corriger l'action en cours.

Pour toutes les forces sociales qui agissent dans ces trois domaines essentiels et complémentaires de la Révolution, il faut qu'intervienne obligatoirement l'évocation précise des moyens de formation et de prise de conscience; celle des droits, des devoirs moraux, des obligations professionnelles, humaines et civiques. Cette action contribuera à faire des paysans, des travailleurs et de la jeunesse, non des citoyens inertes et privilégiés, peu soucieux de servir et se dévouer et enclins à une facile auto-satisfaction, au parasitisme et à des appétits malhonnêtes devant les biens du peuple confiés à leurs soins et placés sous leur sauvegarde, mais des producteurs pleins d’émulation et des  militants éclairés par un sens politique et un savoir rationnel volontairement acquis.

 

Au cours de la longue lutte populaire de libération et, surtout, à la veille de l'indépendance, les idées en faveur d'un choix socialiste apparaissent dans les consciences et les démarches des militants du Front de Libération Nationale (F.L.N) et des moudjahidine de l'Armée de Libération Nationale (A.L.N). Ce système socio-économique et moral qui allait progressivement se concrétiser dans l'après-guerre, ne pouvait prendre, en

toute logique, que le contre-pied de tout le système féodal et impérialiste et des puissants groupes d'intérêts capitalistes étrangers et compradores.

 

L'indépendance représente à la fois l'insertion éclairée dans l'universel qui nous fut longtemps interdit, et l'acheminement progressif et sûr vers le socialisme, seule voie capable de parachever l'effort conscient et inlassable de «Décolonisation», et de réparer les immenses ravages matériels et moraux d'époques successives de régression ou de déclin. Faute de quoi, cette indépendance se réduirait à une simple réalité administrative, un mécanisme habile fait pour le prestige, l'apparat, l'embourgeoisement, la vénalité, et reconduirait les schémas anciens fondés sur une conception féodale ou affairiste du monde.

 

Loin des idées simplistes, des slogans démagogiques et de tout esprit de revanche sociale, l'Algérie, à la veille d'amorcer un nouveau tournant et d'ajouter à ses acquis substantiels depuis le redressement du 19 juin 1965 d'autres conquêtes, présente un bilan sincère et procède avec toutes ses masses populaires mobilisées dans le cadre d'un vaste débat autour de la Charte Nationale, à la conception d'une stratégie globale. Le socialisme, en Algérie, est un mouvement irréversible. A l'image de la révolution armée elle-même, il s'accomplira sans défaillance.